Dictée des Amériques

L'écrivain Gaétan Soucy a préparé une lettre «sournoise»



(PC) - L'auteur de la 11e Dictée des Amériques, le romancier Gaétan Soucy, n'a pas été machiavélique ni tortionnaire, samedi, au Salon rouge de l'Assemblée nationale. Sournois serait le terme mieux choisi. La subtilité de ses pièges dans cette dictée écrite sous forme de lettre envoyée à une amie ne relevait pas de multiples mots bizarres et incompréhensibles, mais plutôt de règles grammaticales.

Dans «Petite épître à l'amie», l'auteur a d'abord joué un vilain tour aux 103 finalistes en se féminisant dans cette lettre dont la destinataire était aussi une femme. Un seul mot, «sororité», placé en fin de dictée, l'indiquait aux finalistes. Seule consolation pour ceux qui ont commencé par erreur leur dictée par «cher ami» au lieu de «chère amie», et qui ont écrit toute leur lettre au masculin: toutes ces fautes ne comptaient que pour un point perdu.

Le mot «entée», dans la phrase «...j'étais taraudée par cette question existentielle, sur mon esprit entée...», hantera longtemps les participants. Ceux qui croyaient avoir affaire à un banal esprit hanté se sont fourvoyés; l'auteur parlait plutôt ici du participe passé du verbe «enter», qui signifie «greffé». Le mot «entée» aura d'ailleurs été la seule faute du champion des seniors professionnels évoluant dans un environnement francophone, le Suisse Olivier Dami, rédacteur et journaliste. Un autre Suisse, Côme Vuille, âgé de 17 ans, a gagné chez les Juniors, avec 6,5 fautes.

Mme Marie Gingras, psychologue d'Ottawa, qui en était à sa sixième participation, a été couronnée chez les seniors amateurs en ne commettant qu'une faute et demie. Les mots «quiscale» (un passereau d'Amérique) et les traits d'union de «touche-à-tout» lui auront échappés.

Puisque le règlement stipule que les champions ne peuvent concourir à nouveau, Mme Gingras compte maintenant sur ses deux filles pour prendre la relève lors des prochaines dictées. L'une d'elles, Véronique, était d'ailleurs parmi les finalistes samedi.

Deux finalistes provenant de milieux non francophones ont aussi été récompensés. C'est un Québécois de Rivière-du-Loup installé à Terre-Neuve depuis une vingtaine d'années, M. Michel Savard, traducteur, qui a été couronné champion senior. Chez les Juniors, Maryse Chartier, âgée de 16 ans, de Lorette au Manitoba, a trébuché sur le mot «sempiternelles», qui se prononce aussi bien «sempiternelles» que «simpiternelles».

Gaétan Soucy, qui n'a mis que trois semaines à écrire son roman à succès La Petite Fille qui aimait trop les allumettes, a pondu sa dictée en un seul après-midi. Pas question pour lui d'être inutilement sadique, l'important était de s'amuser. «Je voulais que le sens de la dictée pose des problèmes orthographiques et d'ordre grammatical. Seulement des mots complexes, je trouverais ça un peu vide de sens», a-t-il confié après le concours, qualifiant son expérience d'«extrêmement exaltante et démesurée» mais aussi de «chose la plus stressante de sa vie».

D'autres mots ont donné des maux de tête aux participants, dont chevau-légers (un corps de cavalerie légère), qu'on écrit sans «x», les juments isabelle (couleur jaune pâle), sans «s», et pataugas, une chaussure de marche que vous avez peut-être dans votre garde-robe sans le savoir. Les termes «auréole coruscante», «vasistas» et «parpaing» ont aussi fait sourciller les finalistes.

Peu de personnalités publiques s'aventurent à participer à la Dictée des Amériques. Guy Bouthillier, président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal et grand amoureux de la langue française, n'en était pas à sa première participation samedi. Il a beaucoup apprécié le texte de Gaétan Soucy. «Si on le compare aux autres qui l'ont précédé, il y avait moins de mots rarissimes et sauvages. Le seul que je ne connaissais pas était quiscale.»

Bien que la majorité des participants sont là pour le plaisir, certains consacrent un temps fou à s'y préparer. Il y a 15 ans, Guy Bouthillier avait lu le Larousse de A à Z en un été. Cette année, il a dévoré à deux reprises le Dictionnaire des difficultés de la langue française de Péchouin et Dauphin, chez Larousse.

 

Animée par Anne-Marie Dussault pour la 10e année consécutive à Télé-Québec, la Dictée des Amériques réunissait cette année des finalistes de 13 pays.

Faisant taire ceux qui craignaient que cette 11e Dictée soit la dernière en raison des compressions imposées à Télé-Québec par le récent budget Séguin, l'animatrice a annoncé que l'activité serait assurément au programme des célébrations du 400e anniversaire de Québec en 2008.



 


Last Updated: April 7, 2004